Lundi 17 septembre 2007
yvette-troispoux.jpg
Mon coeur est triste, Yvette... Tu nous as quitté...
Mon coeur est heureux cependant, car nos chemins se sont croisés...


"Un beau p'tit bout de femme, d'une modernité latente, d'une innocence pleine de maturité... Il est très difficile de décrire ce qui pouvait émaner d'Yvette avec des mots. Il n'est peut-être pas étonnant qu'elle ait été artiste. Elle fascine par sa simplicité de ses dires et par la longue réflexion qu'il y avait derrière. La vie doit être finalement aussi simple qu'un cliché, qu'une image et c'est alors à nous d'en retirer le bonheur, et la beauté, en toute simplicité..."  Lauric Duvigneau.



Yvette Troispoux est morte le mardi 11 septembre dernier à Paris, elle avait 93 ans. Elle a été retrouvée dans son appartement parisien.
Elle était l’amie des photographes, "la photographe des photographes", leur «photocopine», comme l’appelait Robert Doisneau qui écrivit ­aussi : «Quand elle sort de son sac le vieux Leica qui en a tant vu, c’est le signe que la fête commence. Les visages se ­détendent.» 


Toujours pimpante, la doyenne des vernissages se plaisait à ravir ses confrères les soirs de première, de Bernard Faucon à Helmut Newton («un homme qui a de l’idée»), et même Josef Koudelka qui avait fini par succomber à son charme trépidant. Aux vernissages, "elle arrivait avec son Leica et deux ou trois mascottes. Si Yvette n'était pas là, c'est que l'évènement n'était pas important", indique François Hebel, le directeur des Rencontres d'Arles.


Née le 1er juin 1914 à Coulommiers en Seine-et-Marne, Yvette Troispoux a 19 ans quand elle engloutit ses économies, 40 frs, dans l'achat de son premier boitier, un Box Agfa, dont elle réalise les tirages 6x9 à l'eau salée. Elle prend sa première photo dans le Parc des Capucins ; un cliché qui, une fois extrait du bac, s'avère être un modèle de composition, alors qu'elle n'a jamais pris une seule leçon. Après seulement quelques mois Yvette remporte le concours de photographie en juillet 1933, organisé par la municipalité de Coulommiers. Le premier prix est un Kodak Pronto lui permettant de photographier avec plus de facilité, et notamment l'être humain pris sur le vif : «Je voulais garder ceux que j’aimais», dira-t-elle simplement

Yvette a eu deux amours : son frère mort jeune et la photographie, qu’elle pratiqua pendant ses loisirs. Parmi ses premiers portraits de famille, son frère Jean à la gare Montparnasse le 12 octobre 1936, dont elle parlait avec beaucoup de tendresse et d’émotion.  Ce cliché représente la dernière fois qu'Yvette aura vu son frère : « Demandez-moi quelle est la photo dont je ne me séparerai jamais et je vous répondrai, celle que j'ai prise de Jean ». C'est alors qu'elle continuera de pratiquer la photo «en amateur», pour ne pas vexer ses parents, puis s’installera à Paris, où elle travaillera comme employée de bureau pendant quarante ans dans la même entreprise, Tréfimétaux.
 
 

Mon-frere-jean.jpg Mon frère Jean - gare montparnasse 12 octobre 1936


En 1953, grâce à la Société française de photographie, elle découvre le Club Photographique de Paris, dit le 30x40 où chaque jeudi, un professionnel vient à la rencontre des passionnés. Elle photographie les photographes à l'occasion de leurs visites au « 30x40 », puis lors des vernissages ou des dîners. De 1947 à 1958, elle opère avec son Kodak à soufflet, puis acquière en 1958 aupès d'un ami un objectif Leica Summarit 1,5 de 50 mm puis un boitier qui lui permettent  enfin d'opérer comme elle le souhaite, c'est-à-dire en lumière ambiante sans flash. La reconnaissance du monde artistique lui parvient en 1971, avec le Grand Prix du Club Photographique de Paris. Le jour où elle rencontra Agathe Gaillard fut le commencement d’une amitié qui dura jusqu’à la fin. À chaque vernissage à la galerie de son amie, ouverte en 1975, elle en profitait pour tirer le portrait du photographe exposé, d’où son surnom de « photographe des photographes ». Yvette se fondait dans la foule et avant même que le sujet ne l'ait reconnue, elle déclenchait son appareil. Gisèle Freund, Robert Doisneau, Édouard Boubat, Brassaï, Helmut Newton, et tant d'autres se sont laissés immortaliser par Yvette : « Je crois les avoir tous photographiés, excepté Niépce, l'inventeur de la Photo ! ». Outre les portraits, Yvette Troispoux a réalisé de nombreuses images douces et nostalgiques de Paris et des bords de Seine.


Yvette était un électron libre, "un petit oiseau", virvoltant parmi les convives, prêt à saisir un sujet pour enrichir sa galerie de portraits. Pendant une cinquantaine d'années, elle a pris des photos en simple amateur sans ce soucier de la valeur marchande. Ce n'est que tardivement, en 1982, lors de sa première exposition à la galerie Odéon-Photo à Paris que le grand public découvre le travail monumental, accompli en catimini. 


Elle a été désigné comme photographe officiel dans le cadre du Mois de la photo en 1992 à Paris. La même année, Yvette Troispoux est nommée Officier de l'Ordre des Arts et des Lettres ; C'est Robert Doisneau qui lui remettra sa médaille, le 5 mars 1993, à la mairie du VIIIe arrondissement.



En 2004, pour son quatre-vingt-dixième anniversaire
,
Agathe Gaillard, sa galeriste, avait organisé une exposition en 34 tirages, de 1934 à 2003, qui déclinait tout son travail personnel avec la lumière. On y voyait le gros chat noir du docteur, la Seine irradiée, des bambous au château de Gaillac, ou des enfants de dos hypnotisés par la mer. «Yvette, enchantée, avait dit : Mes photographies sont le bonheur de ma vie.»  ( sources : AFP, Libération.fr, Imprévu magazine, Connaissance des Arts et ma mémoire ! ).

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Robert Doisneau avait raison : «Quand elle sort de son sac le vieux Leica qui en a tant vu, c’est le signe que la fête commence. Les visages se ­détendent.» 


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L'assistance pendant la conférence sur "Les Cocottes à Nice à la Belle Epoque" le 21 septembre 2001 au Château des Ollières à Nice ...

...
Le photographe, [Lauric Duvigneau] pris en photo par Yvette Troispoux, [celle que Doisneau appelait tendrement sa photocopine].
He oui, au regard de ces photos et au delà de m'avoir surpris, les regards s'illuminent à la présence de ton Leica, Yvette...   Signé, Un amoureux éternel.



- Hommage de Christine Albanel, Ministre de la Culture à Yvette Troispoux - 14 septembre 2007 :
http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/communiq/albanel/ytroispoux.html

- article du "Monde" :
http://www.lemonde.fr/web/recherche_breve/1,13-0,37-1004527,0.html

- "Photographe de cocktails, Yvette Troispoux est morte" : Le blog de Vincent Josse (cf article n°3 en date du 14 septembre 2007)
http://sites.radiofrance.fr/franceinter/blog/b/blog.php?id=11&m=9&y=2007


- Yvette sur Wikipédia ! :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Yvette_Troispoux

- Lien vidéo : Coulommiers : Exposition Yvette Troispoux, jusqu'en Octobre 2009
http://videos.lefigaro.fr/video/iLyROoafMrEx.html


Voir les photos dans l'albun photo "Carrefour Culturel Méditerranéen" à gauche du blog.


 

Par Lauric Duvigneau - Publié dans : Engagement
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