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Intelligence Economique, thème à la mode ou phénomène de mode ? Il existe beaucoup de flous artistiques autour de ce concept… Alors qu’est-ce que c’est ? A quoi ça sert ?
 
C’est une technique visant à aider à passer à un autre cycle pour aider à sécuriser les déboucher et compléter la technique du marketing.
 
Historiquement le marketing est né notamment avec le crack financier et industriel en 1930 afin de répondre à la difficulté de trouver des débouchés aux produits fabriqués. La technique du marketing avait pour vocation de susciter « le besoin » auprès des personnes et créer ainsi la demande, principe « du sac Vuitton ». En 1960 le marketing a été le nouveau mode de management. En plus d’un demi siècle, nous sommes passés ainsi d’un marketing de masse à un marketing individuel ou « One to one ». Nous sommes arrivés vers 1990 à la limite du système du marketing.
 
Il fallait par conséquent inventer autre chose. Une technique ou science ne s’intéressant pas seulement à l’individu mais prenant aussi en compte son environnement…
 
Cette science doit être capable  :
- d’identifier les nouvelles opportunités dans le monde.
- d’Identifier les menaces en utilisant les NTIC [Nouvelles Techniques de l’Information de la Communication] car il devient impossible de savoir ce qui ce passe avec des moyens normaux. 
- de détenir cette information au bon moment et ainsi en récupérer la substance moelle pour être plus efficace face à une concurrence exacerbée.
 
Aujourd’hui, plus de deux cents pays se battent dans une course et guerre économique. 
Précédemment, quand quinze pays avec 5% de croissance par an, se battaient pour gagner seulement un « surplus de croissance », aujourd’hui il s‘agit de deux cents pays qui veulent se partager ce surplus, en tapant sur le marché de l’autre, sur le principe « à la Vie à la Mort » .

Alors l’Intelligence Economique, c’est quoi ?
 
C’est la prise de conscience générale et notamment par les pays occidentaux de trouver une parade par des solutions nouvelles en développant les techniques de l’Intelligence Economique. La définition simplifiée de l’IE pourrait être : « maîtrise et protection de l’information stratégique et utile ». C’est donc bel et bien du renseignement. Cependant, en France dans notre inconscient collectif, quand on parle de « renseignement », on pense d’abord à l’image des « Tontons flingueurs »…. L’IE est née en France vers 1992 avec le rapport Martre, sorti en1994 mais appliquée avec des moyens en France que très récemment.
 
Napoléon disait « se faire battre c’est concevable, se faire surprendre c’est inconcevable ! ». L’Intelligence Economique part du principe que « plus nous en savons » et « plus nous avons des chances de gagner de nouveaux marchés ». Aujourd’hui dans nos pays occidentaux, 95 % de l’information est disponible. Cependant, ce n’est pas le cas partout : « allez demander des renseignements sur des entreprises aux USA; certains services comme le FBI vous demanderons, « qu’est-ce que vous recherchez ? », en Russie ça se passera mal pour vous, en Chine n’en parlons pas… »
 
Il existe bien par conséquent une [dissension de concurrence], d’où l’intérêt de réclamer [le droit de réciprocité] en terme d’information : « la contrepartie que nous fassions la même chose chez nous afin d’annihiler ou réduire cette dissension ». Pour information, sur deux cents pays : seulement 38 pays ont signés la charte anti-corruption et de transparence… Et dans ceux qui ne l’ont pas signé, nous retrouvons notamment : l’Inde, la Russie, la Chine, Israël.
 
Intelligence Economique : Technique d’influence et de contre-influence…
 
Aujourd’hui pour une entreprise, une bonne stratégie est nécessaire mais pas suffisante pour gagner de nouveaux marchés. Pourquoi ? A cause des techniques d’influence et de contre-influence. « En réalité une opération d’influence n’est jamais réalisée en direct, On va prendre en indirect, raconter de belles histoires pour déstabiliser l’adversaire » dixit Alain Juillet.
Ex : La guerre en Irak. à part la France, [des irréductibles bretons]… qui s’opposait ? personne.
Ex : Airbus : tout le monde parle des difficultés de l’A350. Pourquoi ? Peut-être parce que les journalistes étaient inspirés par l’adversaire de l’avionneur européen. Nous savons aujourd’hui que Boeing est aussi en retard… Qui en parle ? Personne…
 
Autre exemple de guerre d’influence : Alors que Novartis est en train de prendre le marché mondial des solutions pour les yeux, fin Août dernier, des groupes violents de défense des animaux affirment avoir infecté les flacons de solutions pour lentilles en France et en Grande-Bretagne. Pour information, 70 % des ONG (Organisations Non Gouvernementales) dans le monde sont pilotées par des entreprises. Cela signifie que c’est un bon moyen pour certains groupes de pression pilotés indirectement par des entreprises de faire passer des messages dans l’opinion publique et ainsi semer le doute et déstabiliser une autre entreprise.
 
Le Monde nous est ouvert, mais il nous faut le connaître et être compétitif…

Alain Juillet raconte cette anecdote surprenante. Il assiste à une réunion de viticulteurs du bordelais. Ces derniers sont très maussades et inquiets vu la concurrence effrénée des vins étrangers. Au fond de la salle, deux producteurs ne disent rien et paraissent plutôt satisfaits. Surpris, il va les voir. Ces derniers lui racontent : « Nous, on vend du vin aux chinois . En effet, tous les chinois font maintenant du vin occidental. Nous, on fait du vin typique et traditionnel chinois, spécifique en goût et qui n’est plus réalisé par les chinois c’est donc un débouché extraordinaire vu la population chinoise… ».
 
Ainsi, L’IE ne consiste pas à mettre des barbelés autour de nos frontières mais bien d’aller chez les autres pour savoir ce dont ils ont besoin et découvrir de nouveaux débouchés potentiels non encore ou plus pourvus.
 
D’après Alain Juillet : « à partir du moment où vous connaissez bien un marché, il faut avoir un état d’esprit compétitif : Ouverture d’Esprit, Réactivité, Adaptabilité et réagir rapidement ». Mais en France, la difficulté est de prendre une décision et… qu’elle soit par la suite appliquée.
Ex : l’histoire d’Arcelor, alors qu’il y avait des rumeurs de prise de contrôle par l’indien Metal Steel peu connu du grand public à cette époque, le PDG d’Arcelor avait alors réagi en disant « mais vous n’y pensez pas, vous allez comparer Chanel N°5 et l’Eau de Cologne ». L’histoire a montré que le petit venu d’ailleurs pouvait déstabiliser le grand et prendre aujourd’hui son contrôle.
 
Aujourd’hui, 20 % de l’information diffusée par la presse et les médias en général est fausse.

Pourquoi ? Car le journaliste n’a pas eu le temps de vérifier ses sources en recoupant initialement ses informations. En effet, bien souvent, ce dernier tape sur « Google » et lorsque il tombe sur 3 ou 4 articles allant dans le même sens, il pense avoir légitimer son information. Et si c’est faux, ayant peur de se désavouer et perdre en « crédibilité », on oubliera…
 
Il est ainsi important de connaître le Cycle et les phases de l’ Intelligence Economique :
  • - Prospective : identifier les signaux faibles et les tendances lourdes
  • - Recherche du renseignement moyen et long terme par tous les moyens légaux
  • - Mettre les données dans un centre d’analyse pour leur donner du sens
  • - Recouper l’information et vérifier que la source n’est pas identique
Ex : il y a 4 ans une campagne d’information est orchestrée sur le fait que le saumon d’élevage français à la consommation est cancérigène. Résultat : 30 à 50 % de baisse des ventes pour les producteurs français. Ces derniers ne comprennent pas ce qu’il leur arrive « Pourquoi on dit ça de nos saumons ? » disaient ces producteurs. Les journalistes, en quête de commentaires sur ce grand secret que l’Etat cacherait et qui ruinerait l’économie française, [le scoop de l’année], invitent alors « des soit disant experts », des « diseurs » qui ont toujours un avis sur tout; c’est d’ailleurs la raison pour laquelle on les invite…. Mais, après une enquête : on découvre en définitive qu’un réseau international avait commandité une agence de communication pour diffuser cette information dans les médias français. On avait dirigé les journalistes sur 4 articles venant de quatre journaux à faible diffusion provenant notamment d’Alaska, d’Indonésie…etc. Qui avait donc lancé cette opération de communication ? Une organisation dont le but était de ruiner les producteurs de saumons.
 
Il y a ainsi des exemples de déstabilisations tous les jours… Malheureusement, l’entreprise n’a pas conscience de cette réalité, et elle ne se prépare pas à cette réalité. Pour contrer cela, il faut créer aujourd’hui un vrai partenariat Public / Privé
 
Nous devons arrêter de séparer le Monde de l’Entreprise et le Monde du Légal. L’Entreprise a besoin de l’Etat et l’Etat a besoin de l’Entreprise
 
Les organisations criminelles dans le monde des affaires aujourd’hui ; Les pays, ces dernières années, ont rendu très difficile le blanchiment de l’argent dans le monde [le blanchiment d’argent au niveau mondial = budget de l’Etat français]. Conséquence ? Les organisations criminelles ou mafieuses se mettent à racheter des entreprises en bourse aux USA et en Europe : « Après avoir fait tomber le cours des bourses, ils achètent les actions, font remonter les cours et vendent pour récupérer la plus value : cette dernière permet de créer le blanchiment… ». l’Etat qui détient cette information par ces différents services de renseignements doit pouvoir être en mesure de la communiquer très rapidement aux Entreprises afin d’éviter cela; d’où l’importance d’un véritable partenariat Etat/ Entreprise.
 
Retranscris librement par Lauric Duvigneau à l’occasion de la conférence sur « l’Intelligence Economique » en présence de Monsieur Alain Juillet, (ancien) Haut Responsable en charge de cette thématique auprès du 1er Ministre et du Président de la République dans le cadre des 3ème Universités d'Eté de la Jeune Chambre Economique Française, le 8 septembre 2007 à L’Ecole Militaire (Paris).
 
Les pères fondateurs de l’EI
 
La démarche d’intelligence économique, qui est aujourd’hui impulsée par le Haut responsable en charge de l’intelligence économique, ne se serait pas concrétisée sans les actions menées pendant plusieurs années par les Pères fondateurs de l’IE. Ces derniers ont cherché à implanter sa pratique dans les régions, à faciliter l’appropriation par les chefs d’entreprise de cette grille de lecture ou encore à apporter des éléments doctrinaux nécessaires à l’encadrement de cette "science".

Les précurseurs :
 
 - Philippe CLERC, Directeur de l’IE, de l’innovation et de des TIC à l’ACFCI
 - Bernard ESAMBERT, ancien Président Directeur Général de la Compagnie Financière Edmond de Rothschild
 - Bernard GERARD, ancien Préfet et ancien directeur de la Direction de la Surveillance du Territoire
 - Robert GUILLAUMOT, Président de Alogic
 - Christian HARBULOT, Directeur de l’Ecole de Guerre Economique
 - Jean-Louis LEVET, Professeur associé à l’Université Paris XIII
 - Henri MARTRE, ancien Président de l’Aérospatiale et ancien délégué général pour l’armement
 - Rémy PAUTRAT, ancien Préfet et ancien directeur de la DST


Les instigateurs :
 
-  Claude GUEANT, Préfet, Secrétaire général de la l’Elysée
-  Pierre LACOSTE, Amiral, ancien directeur général de la sécurité extérieure
-  Pierre MONGIN, Préfet, ancien directeur du cabinet du Premier ministre
-  André VIAU, Préfet de la région Midi-Pyrénées.

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A propos de Monsieur Alain Juillet, ancien Haut Responsable chargé de l’Intelligence Economique auprès du Premier Ministre et du Président de la République.
 
Il était chargé d’assurer la synthèse de l’information rassemblée par les différents services dans le domaine de l’intelligence économique et d’organiser sa diffusion. Il a proposé des mesures et orientations visant au renforcement des capacités nationales dans ce domaine et concourt à la mise en œuvre des décisions du Gouvernement en la matière
 
Ancien chef d’entreprise, Monsieur Alain JUILLET est connu pour avoir été à la tête de plusieurs industries agroalimentaires, mais dont on a longtemps ignoré qu’il était aussi un Officier de Renseignement du service action de la DGSE. Manager spécialisé dans la gestion de crise, il est appelé pour démanteler l’Union laitière Normande et emmène la Générale Ultra Frais (Mamie Nova), devenue depuis Novandie, chez Andros. En 1998, il se voit confier le redressement de France Champignon. Comme si cela ne suffisait pas, il donne dans la formation et le conseil en stratégie. Il est notamment professeur affilié au CPA / groupe HEC. En 2001, il est le chargé de cession des magasins de la filiale française de Marks & Spencer et le reclassement des personnels. Sa nomination au rang de numéro deux du service des renseignements extérieurs, en 2002, surprend les milieux économiques. En décembre 2003, il sera nommé au poste de haut responsable chargé de l’Intelligence Economique par le Président de la République Française et le Premier Ministre. Sa mission s'est terminée en 2009
 

Liens pour en savoir plus :
 
Autre lien : Intelligence économique et stratégie des entreprises
 
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